Applications mobiles pour les consommateurs excessifs d’alcool

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication offrent de nouvelles perspectives d’intervention dans le domaine de la santé et en particulier de l’abus d’alcool (1-3).

Les applications mobiles, les « mHealth applications » destinées à encourager les comportements liés à la santé sont conçues notamment sur les principes de l’Ecological Momentary Assessment (EMA) et de l’Ecological Momentary Interventions (EMI), permettant aux utilisateurs un suivi journalier de leurs comportements en temps réel et dans leur contexte quotidien habituel (4,5).

Plusieurs caractéristiques sont nécessaires, en particulier un contenu de qualité, une ergonomie simple, savoir capter l’intérêt des utilisateurs, mais aussi leur demander peu de coûts et peu d’effort (6). C’est là le défi à relever pour les développeurs de ce type d’applications : offrir des interventions efficaces et étayées empiriquement, développées par des professionnels, tout en fidélisant les utilisateurs par leur simplicité et leur caractère fonctionnel.

Les applications mobiles relatives à la santé ont prouvé leur efficacité dans de nombreux domaines, comme la perte de poids, la réduction de l’anxiété, l’insomnie, et les addictions, notamment la réduction de la consommation de cannabis et d’alcool (1,4,5,7). La technologie mobile a un grand potentiel dans le traitement des addictions, car elle permet le dépistage précoce au moyen de brefs questionnaires, puis l’orientation précoce vers les services cliniques. C’est aussi un support quotidien utile en cas de craving (besoin irrépressible de consommer), qui permet de prévenir une rechute (8).

On distingue plusieurs catégories d’applications, selon leur méthode d’intervention, comme par exemple les interventions basées sur l’envoi de messages, ou celles visant à un soutien, un suivi et une compréhension de la personne pour instaurer puis maintenir l’abstinence (9,10).

Par exemple, une étude récente (11) a démontré l’efficacité d’une application mobile dont l’objectif est d’améliorer les capacités de coping, la qualité du réseau social ainsi que la motivation. Des patients alcooliques sortant de traitement en résidence l’ont utilisée, et après quatre mois, ils ont rapporté moins de comportements de consommation à risques en comparaison avec ceux n’ayant pas utilisé cette application. Une autre étude (12) a été réalisée auprès de personnes ayant un problème d’alcool mais non traitées. Elles avaient comme consigne d’utiliser quotidiennement pendant six semaines une application mobile programmée pour les alerter d’un potentiel risque de rechute en fonction de leur localisation, tout en leur apportant une aide et des conseils adéquats. A la fin de l’essai, les participants ont trouvé que l’application les avait aidés et que leur consommation avait nettement diminué durant cette période.

Les applications mobiles ont donc le potentiel d’aider des personnes dépendantes à l’alcool ou devenues abstinentes. D’autres études sont cependant nécessaires afin de déterminer les effets à long terme des applications mobiles sur la prise en charge de l’alcoolisme.

Beaucoup d’applications sont répertoriées sous le terme « alcool » sur les « stores » de téléchargement, mais peu d’entre elles visent spécifiquement la réduction de la consommation ou l’aide à l’abstinence ; la majorité sont seulement informatives voire divertissantes (4,13). Il manque des applications élaborées par des professionnels de la santé sur les principes de l’EMA et l’EMI.

Notre application Stop-alcool pour iPhone/iPad s’adresse aussi bien aux personnes qui consomment de l’alcool qu’à celles qui ont arrêté de boire (14). Elle propose aux utilisateurs d’évaluer leur profil de consommation, et dans le cas où celui-ci serait problématique, d’être suivis personnellement par un coach virtuel qui leur envoie régulièrement des messages d’information et d’encouragement. L’appli comporte aussi une section où les usagers peuvent dialoguer entre eux (« La Tribu »). Les utilisateurs ont la possibilité d’inscrire les détails de leur consommation jour après jour, ce qui leur permet de recevoir ensuite des messages de suivi et une alerte lorsque le seuil de risque est atteint. Les résultats d’une enquête de satisfaction auprès des usagers montrent le potentiel de cette application, qui leur apporte un soutien et des informations utiles concernant leur consommation.

L’appli Stop-alcool est en constante évolution, tout comme nos applis Stop-tabac et Stop-cannabis, qui elles aussi ont pour objectif d’informer, d’aider les consommateurs de ces substances à cesser ou sinon réduire leur consommation.

Auteur : Olivia Dupraz, août 2015

Références

(1) Patrick, K., Griswold, W. G., Raab, F., & Intille, S. S. (2008). Health and the mobile phone. American journal of preventive medicine, 35(2), 177-181.

(2)Can an App Really Help Manage Your Mental Health?

(3) What is... Mobile Health?

(4) Cohn, A. M., HunterReel, D., Hagman, B. T., & Mitchell, J. (2011). Promoting behavior change from alcohol use through mobile technology: the future of ecological momentary assessment. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 35(12), 2209-2215.

(5) Heron, K. E., & Smyth, J. M. (2010). Ecological momentary interventions: incorporating mobile technology into psychosocial and health behaviour treatments. British journal of health psychology, 15(1), 1-39.

(6) Dennison, L., Morrison, L., Conway, G., & Yardley, L. (2013). Opportunities and challenges for smartphone applications in supporting health behavior change: qualitative study. Journal of medical Internet research, 15(4).

(7) Penzenstadler, L., Dupraz, O., Etter, J. F., & Khazaal, Y. (2015). mHealth App for Cannabis Users: Satisfaction and Perceived Usefulness. Frontiers in Psychiatry, 6, 120.

(8) McTavish, F. M., Chih, M. Y., Shah, D., & Gustafson, D. H. (2012). How patients recovering from alcoholism use a smartphone intervention. Journal of dual diagnosis, 8(4), 294-304.

(9) Muench, F. (2015). The promises and pitfalls of digital technology in its application to alcohol treatment. Alcohol Research: Current Reviews, 36(1), 131-142.

(10) Quanbeck, A., Chih, M. Y., Isham, A., Johnson, R., & Gustafson, D. Mobile Delivery of Treatment for Alcohol Use Disorders.

(11) Gustafson, D. H., McTavish, F. M., Chih, M. Y., Atwood, A. K., Johnson, R. A., Boyle, M. G., ... & Shah, D. (2014). A smartphone application to support recovery from alcoholism: a randomized clinical trial. JAMA psychiatry, 71(5), 566-572.

(12) Dulin, P. L., Gonzalez, V. M., & Campbell, K. (2014). Results of a pilot test of a self-administered smartphone-based treatment system for alcohol use disorders: usability and early outcomes. Substance abuse, 35(2), 168-175.

(13) Crane, D., Garnett, C., Brown, J., West, R., & Michie, S. (2015). Behavior Change Techniques in Popular Alcohol Reduction Apps: Content Analysis. Journal of medical Internet research, 17(5), e118.

(14) Article sur l’application Stop-alcool

 

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