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Aides et conseils pour les consommateurs d'alcool et leur entourage

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Aides et conseils pour les consommateurs d'alcool et leur entourage

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Sevrage

L' App Stop-alcool pour Iphone (Gratuit)

AppliAlcoolMulti         

Cette application ne s'adresse pas uniquement aux personnes qui essayent d'arrêter de boire ! Au contraire, elle vous permet d'évaluer votre consommation d'alcool où que vous en soyez; que vous consommiez avec modération ou que vous buviez plus que vous ne le souhaiteriez.

Choisissez le store selon votre type de smartphone pour le téléchargement    

Apple IOS          ou         Android 

apple icon             android icon(pas disponible)

Efficacité des nouvelles technologies 

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication offrent de nouvelles perspectives d’intervention dans le domaine de la santé et en particulier de l’abus d’alcool.

transversal alcool Télécharger l'application Stop-alcool (iOS)

Les applications mobiles, les « mHealth applications » destinées à encourager les comportements liés à la santé sont conçues notamment sur les principes de l’Ecological Momentary Assessment (EMA) et de l’Ecological Momentary Interventions (EMI), permettant aux utilisateurs un suivi journalier de leurs comportements en temps réel et dans leur contexte quotidien habituel (4,5).

Plusieurs caractéristiques sont nécessaires, en particulier un contenu de qualité, une ergonomie simple, savoir capter l’intérêt des utilisateurs, mais aussi leur demander peu de coûts et peu d’effort (6). C’est là le défi à relever pour les développeurs de ce type d’applications : offrir des interventions efficaces et étayées empiriquement, développées par des professionnels, tout en fidélisant les utilisateurs par leur simplicité et leur caractère fonctionnel.

Les applications mobiles relatives à la santé ont prouvé leur efficacité dans de nombreux domaines, comme la perte de poids, la réduction de l’anxiété, l’insomnie, et les addictions, notamment la réduction de la consommation de cannabis et d’alcool (1,4,5,7). La technologie mobile a un grand potentiel dans le traitement des addictions, car elle permet le dépistage précoce au moyen de brefs questionnaires, puis l’orientation précoce vers les services cliniques. C’est aussi un support quotidien utile en cas de craving (besoin irrépressible de consommer), qui permet de prévenir une rechute (8).

On distingue plusieurs catégories d’applications, selon leur méthode d’intervention, comme par exemple les interventions basées sur l’envoi de messages, ou celles visant à un soutien, un suivi et une compréhension de la personne pour instaurer puis maintenir l’abstinence (9,10).

Par exemple, une étude récente (11) a démontré l’efficacité d’une application mobile dont l’objectif est d’améliorer les capacités de coping, la qualité du réseau social ainsi que la motivation. Des patients alcooliques sortant de traitement en résidence l’ont utilisée, et après quatre mois, ils ont rapporté moins de comportements de consommation à risques en comparaison avec ceux n’ayant pas utilisé cette application. Une autre étude (12) a été réalisée auprès de personnes ayant un problème d’alcool mais non traitées. Elles avaient comme consigne d’utiliser quotidiennement pendant six semaines une application mobile programmée pour les alerter d’un potentiel risque de rechute en fonction de leur localisation, tout en leur apportant une aide et des conseils adéquats. A la fin de l’essai, les participants ont trouvé que l’application les avait aidés et que leur consommation avait nettement diminué durant cette période.

Les applications mobiles ont donc le potentiel d’aider des personnes dépendantes à l’alcool ou devenues abstinentes. D’autres études sont cependant nécessaires afin de déterminer les effets à long terme des applications mobiles sur la prise en charge de l’alcoolisme.

Beaucoup d’applications sont répertoriées sous le terme « alcool » sur les « stores » de téléchargement, mais peu d’entre elles visent spécifiquement la réduction de la consommation ou l’aide à l’abstinence ; la majorité sont seulement informatives voire divertissantes (4,13). Il manque des applications élaborées par des professionnels de la santé sur les principes de l’EMA et l’EMI.

Notre application Stop-alcool pour iPhone/iPad s’adresse aussi bien aux personnes qui consomment de l’alcool qu’à celles qui ont arrêté de boire (14). Elle propose aux utilisateurs d’évaluer leur profil de consommation, et dans le cas où celui-ci serait problématique, d’être suivis personnellement par un coach virtuel qui leur envoie régulièrement des messages d’information et d’encouragement. L’appli comporte aussi une section où les usagers peuvent dialoguer entre eux (« La Tribu »). Les utilisateurs ont la possibilité d’inscrire les détails de leur consommation jour après jour, ce qui leur permet de recevoir ensuite des messages de suivi et une alerte lorsque le seuil de risque est atteint. Les résultats d’une enquête de satisfaction auprès des usagers montrent le potentiel de cette application, qui leur apporte un soutien et des informations utiles concernant leur consommation.

L’appli Stop-alcool est en constante évolution, tout comme nos applis Stop-tabac et Stop-cannabis, qui elles aussi ont pour objectif d’informer, d’aider les consommateurs de ces substances à cesser ou sinon réduire leur consommation.

Auteur : Olivia Dupraz, août 2015


Références

  1. Patrick, K., Griswold, W. G., Raab, F., & Intille, S. S. (2008). Health and the mobile phone. American journal of preventive medicine, 35(2), 177-181.
  2. Can an App Really Help Manage Your Mental Health?
  3. What is... Mobile Health?
  4. Cohn, A. M., HunterReel, D., Hagman, B. T., & Mitchell, J. (2011). Promoting behavior change from alcohol use through mobile technology: the future of ecological momentary assessment. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 35(12), 2209-2215.
  5. Heron, K. E., & Smyth, J. M. (2010). Ecological momentary interventions: incorporating mobile technology into psychosocial and health behaviour treatments. British journal of health psychology, 15(1), 1-39.
  6. Dennison, L., Morrison, L., Conway, G., & Yardley, L. (2013). Opportunities and challenges for smartphone applications in supporting health behavior change: qualitative study. Journal of medical Internet research, 15(4).
  7. Penzenstadler, L., Dupraz, O., Etter, J. F., & Khazaal, Y. (2015). mHealth App for Cannabis Users: Satisfaction and Perceived Usefulness. Frontiers in Psychiatry, 6, 120.
  8. McTavish, F. M., Chih, M. Y., Shah, D., & Gustafson, D. H. (2012). How patients recovering from alcoholism use a smartphone intervention. Journal of dual diagnosis, 8(4), 294-304.
  9. Muench, F. (2015). The promises and pitfalls of digital technology in its application to alcohol treatment. Alcohol Research: Current Reviews, 36(1), 131-142.
  10. Quanbeck, A., Chih, M. Y., Isham, A., Johnson, R., & Gustafson, D. Mobile Delivery of Treatment for Alcohol Use Disorders.
  11. Gustafson, D. H., McTavish, F. M., Chih, M. Y., Atwood, A. K., Johnson, R. A., Boyle, M. G., ... & Shah, D. (2014). A smartphone application to support recovery from alcoholism: a randomized clinical trial. JAMA psychiatry, 71(5), 566-572.
  12. Dulin, P. L., Gonzalez, V. M., & Campbell, K. (2014). Results of a pilot test of a self-administered smartphone-based treatment system for alcohol use disorders: usability and early outcomes. Substance abuse, 35(2), 168-175.
  13. Crane, D., Garnett, C., Brown, J., West, R., & Michie, S. (2015). Behavior Change Techniques in Popular Alcohol Reduction Apps: Content Analysis. Journal of medical Internet research, 17(5), e118.
  14. Article sur l’application Stop-alcool

 

Médicaments lors du sevrage aigu d'alcool

Tout sevrage d'alcool doit pris en charge par un médecin généraliste ou un médecin spécialiste. Les complications peuvent être mortelles. Un sevrage physique dure de 3 à 10 jours. Il peut se faire en ambulatoire ou en hospitalier et implique un suivi régulier aux 2-3 jours avec un traitement médicamenteux.

Durant la période de sevrage, le système nerveux central n’est plus sous l’influence de l’effet dépresseur de l’alcool, autrement dit les fonctions cérébrales ne sont plus ralenties. Des complications peuvent alors survenir, telles que des crises d’épilepsie ou le delirium tremens

Les symptômes de sevrage sont : agitation psycho-motrice, anxiété, insomnie, tremor, sudations, tachycardie, hypertension  puis hyperthermie, délire, convulsions.


Note importante : Tous les médicaments comportent des effets secondaires qui se distinguent notamment par leur fréquence, leur gravité et leur réversibilité. Chaque individu va réagir différemment à l’introduction d’un traitement et ne va pas forcément expérimenter les effets décrits ci-dessousIl est impératif d'être suivi par un médecin lors de toute prise de médicaments, et notamment face aux problèmes avec l'alcool, lors du sevrage et du maintien de l'abstinence.

Voici des traitements que le médecin pourrait vous prescrire pour vous aider :

transversal alcool Les Benzodiazépines

Les médicaments couramment utilisés durant le sevrage sont les benzodiazépines qui, par leurs propriétés sédatives (tranquillisantes), myorelaxantes (qui détend les muscles) et anticonvulsivantes (contre les crises d’épilepsies) en font le meilleur traitement du sevrage. Ces médicaments abaissent les signes de manque et les éventuelles complications. Idéalement, ce traitement doit être de courte durée, le temps que les signes physiques de manque disparaissent. En effet, les benzodiazépines n’ont pas montré d’efficacité sur le maintien de l’abstinence ou sur la diminution des consommations d’alcool à long terme.
 
Il est important lors du sevrage de couvrir les signes de manque avec une dose adaptée de benzodiazépines. Le choix de la molécule (parmi les benzodiazépines) est moins important.

transversal alcool Les Beta-Bloquants, anti-convulsivants et neuroleptiques

Les beta-bloquants (ex: propranolol = Avlocardyl®), les anticonvulsivants (ex: carbamazépine = Tegretol®) et les neuroleptiques (ex: halopéridol = Haldol®) ont également été étudiés comme traitement du sevrage. Ces médicaments sont utilisés conjointement avec les benzodiazépines pour renforcer leurs effets sur des symptômes spécifiques comme les risques de crises convulsives (= crises d'épilepsie) ou les hallucinations dues à un delirium tremens.

transversal alcool La vitamine B1

La vitamine b1 (thiamine) est également prescrite lors des sevrages dans le but de prévenir des atteintes neurologiques graves comme l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke (atteinte d’une zone du cerveau appelée « corps mamillaires » en raison d’une carence ou d’un défaut d’absorption de la vitamine B1).

transversal alcool Le Baclofène® ou Lioresall®

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Le baclofène est un médicament très controversé. 
 
En Suisse cet Agoniste GABA-B baclofen, myorelaxant, peut-être utilisé comme addictolytique en prescription « off-label » jusqu’à la dose reconnue par Swissmedic (80 mg/j. en ambulatoire) sous la responsabilité du médecin. La dose de départ est de 3 x 5 mg/j, à augmenter de la même quantité tous les 3 jours. Ce médicament a de nombreux effets indésirables (vertiges, somnolence,…) et doit pour l’instant être prescrit en cas d’échec des traitements décrits ci-dessus.
 
En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm) a annoncé en octobre 2018 l’octroi d’une autorisation de mise sur le marché au baclofène dans l’alcoolodépendance.

 

 

 

Références

  1. Aubin H-J, Luqiens A, Benyamina A. Approches pharmacologiques du trouble de l'usage d'alcool, maintien de l'abstinence ou contröle de la consommation. Alcoolo- gie et Addictologie. 2015. 37(3): 205-211
  2. Ntais C, Pakos E, Kyzas P, Ioannidis JP. Benzodiazepines for alcohol withdrawal. Cochrane Database Syst Rev. 2005 Jul 20;(3)
  3. Malcolm R, Myrick H, Roberts J, Wang W, Anton RF, Ballenger JC. The effects of carbamazepine and lorazepam on single versus multiple previous alcohol withdrawals in an outpatient randomized trial. J Gen Intern Med. 2002 May;17(5):349-55 

 

Le baclofène

Ayant une indication initiale neurologique, ce médicament semble avoir un effet positif sur l’abstinence et le craving chez les patients alcoolo-dépendants mais les données sur l’efficacité et la sécurité sont encore insuffisantes. Actuellement, le Baclofène n’est pas recommandé en première intention et lorsqu'il est prescrit, son utilisation doit s’accompagner d’une surveillance rapprochée.

Efficacité, mode d’action, effets secondaires... Ce que l’on sait aujourd’hui du baclofène comme traitement de réduction de la consommation des personnes alcoolo-dépendantes :

transversal alcool Qu'est ce que le baclofène ?   transversal alcool Efficacité du baclofène
transversal alcool Comment agit le baclofène ?  transversal alcool Tolérance du baclofène
transversal alcool Résultats d'études  transversal alcool Contre-indications du baclofène
transversal alcool Décisions de Swissmedic (Suisse)   transversal alcool Décisions AMM (France)

(Sources : Télématin du 28 nov. 2018 avec la chroniqueuse Brigitte Fanny-Cohen | France Télévision)

Important : Tout sevrage ou toute modération d'alcool nécessite une prise en charge par un médecin (de famille ou spécialiste) ! Chaque individu va réagir différemment à l'introduction d'un traitement. Certaines complications liées aux syndromes de sevrage sont potentiellement graves et dangereuses (crise d'epilepsie, détresse respiratoire, delirium tremens, hallucinations, etc.)

Qu’est-ce que le baclofène ?

Le baclofène a été commercialisé sous le nom de Lioresal ® en 1972. Cette molécule ancienne (1962), développée à la base comme un antiépileptique, a été approuvée par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de sante ́(ANSM) en 1975 et par la Food and Drug Administration (FDA) en 1977 et est indiquée comme un relaxant musculaire et un antispastique. Il est notamment utilisé à une posologie de 30 à 80 mg par jour pour le traitement des contractures musculaires involontaires d’origine cérébrale ou neurologique ou survenant au cours d’affections neurologiques (comme la sclérose en plaques ou des maladies de la moelle épinière.) Le baclofène est un myorelaxant agoniste du récepteur GABA, qui permet une relaxation des muscles et l’inhibition de certains réflexes.

Le Bacflofène pour traiter l’alcoolo-dépendance

Des études expérimentales avaient suggéré que le Baclofène pourrait avoir un effet anxiolytique du fait de ses effets neurologiques et qu’il aurait des effets sur la dépendance et l’appétence à l’alcool.

Le Baclofène est utilisé de façon empirique à hautes doses dans l’alcoolo-dépendance depuis plusieurs années. C’est en 2004 que le Baclofène a été pensé comme pouvant être bénéfique aux alcoolo-dépendants par Olivier Ameisen, un médecin cardiologie franco-américain alcoolique qui s’est administré lui-même des doses de baclofène après avoir étudié les principes actifs de ce médicament. Guéri de sa dépendance, il a tenté de se faire entendre et de promouvoir l’efficacité du baclofène à travers un livre publié en 2008 (1) qui a fait l’objet de controverses, entre demande de lui attribuer le prix Nobel et doutes de la part de la communauté scientifique.

D’après l’expérience du Dr Ameisen, dans le cas de l’alcoolo-dépendance, le baclofène permet de réduire le « craving » et mène au long terme à une indifférence à l’alcool.

  Les symptômes de sevrage

Baclofène, pourquoi peut-il aider à diminuer sa consommation d’alcool ?

On l’a vu, le Baclofène est un agoniste sélectif du récepteur GABA-B. Le GABA (acide gamma-aminobutyrique) limite ou contrôle la surexcitation neuronale liée à la peur ou à l’anxiété. Il aurait un rôle central dans les addictions.

Le récepteur GABA-B est porté notamment par des neurones qui libèrent des neuromédiateurs impliqués dans le circuit de la récompense (dopamine, sérotonine, noradrénaline). Le baclofène pourrait diminuer la libération de dopamine (stimulée par la consommation d’alcool ou d’autre substance psychoactive) en inhibant les neurones qui libèrent celle-ci. La diminution de la libération de dopamine diminue le phénomène de renforcement positif (sensation de plaisir ou de récompense) ce qui conduirait à l’abstinence. (2) (3)

Une autre hypothèse est que le Baclofène pourrait, en plus d’agir sur la libération de dopamine, réduire la neurotransmission excitatrice N-méthyle-D-aspartate (NMDA) lors du sevrage alcoolique, ce qui diminuerait les symptômes de sevrage et atténuerait les symptômes anxieux qui apparaissent lors de sevrages à l´alcool répétés et de stress. (4)

Baclofène, efficace pour réduire sa consommation d’alcool et être abstinent ?

Des études ont été réalisées afin de voir l’efficacité du Baclofène, notamment treize études randomisées, contrôlées et en double aveugle (études permettant de conclure sur l’efficacité avec la plus grande objectivité) et trois métra-analyses. Leurs résultats sont discordants en ce qui concerne le maintien de l’abstinence, l’abstinence et la réduction de la consommation.

En ce qui concerne le maintien de l’abstinence, critère principal, 3 études montrent un effet significatif du Baclofène sur l’abstinence : avec 70, 71 et 68% de patients abstinents sous Baclofène. (5) (6) (7) A contrario, 8 études sont négatives. (8) (9) (10) (11) (12) (13) (14) (15)

En ce qui concerne le critère abstinence et réduction de consommation, 3 études montrent une efficacité du Baclofène sur la réduction de la consommation. Ce sont les mêmes qui montrent une efficacité sur le maintien de l’abstinence. (5) (6) (7)

Trois méta-analyses nous fournissent également des connaissances sur l’efficacité du Baclofène chez les alcoolo-dépendants. La méta-analyse de Palpacuer (2017) a mis en évidence un effet du Baclofène sur la réduction de la consommation d’alcool. (16) Mais la portée de cette méta-analyse est faible car une seule étude a été retenue. Deux autres méta-analyses (Pierce, 2018 et Rose, 2018) ont montré une efficacité du Baclofène sur la consommation excessive d’alcool, notamment chez les personnes buvant de grosses quantités, avec des réserves sur la tolérance à fortes doses (hautes doses pas forcément plus efficaces et tolérance faible). (17) (18)

Les résultats discordants de ces différentes études peuvent s’expliquer en partie par des méthodologies différentes. Les résultats des études pourraient probablement être meilleurs si les travaux prenaient en compte des personnes fortement dépendantes avec des doses personnalisées de Baclofène. La question des posologies personnalisées n’a en effet pas été évaluée dans les études.

Il est important de préciser que, lorsque les études trouvent des résultats positifs, la taille de l’effet du Baclofène est en général du même ordre de grandeur que les traitements actuels de l’alcoolo-dépendance.

  L'installation de la dépendance 

Baclofène, efficace contre le Craving ?

Le craving est un facteur très important de consommation d’alcool et de rechute. Les études cliniques font apparaître comme pour l’abstinence des résultats discordants. Trois études montrent un taux de craving statistiquement significative par rapport au placebo dans 3 études manière statistiquement significative par rapport au placebo dans 3 études. (5) (6) (14)

Le Baclofène a un effet d’autant plus important sur le craving que la consommation d’alcool est forte à très forte. La méta-analyse de Rose (2018) n’a, elle, pas mis en évidence une diminution du craving significativement supérieure du Baclofène par rapport au placebo. (18)

Les études observationnelles, elles, ont montré qu’il peut être nécessaire d’utiliser des posologies élevées avec une personnalisation (doses, répartition) en fonction du craving.

Tolérance du Baclofène

La posologie (dose administrée) est beaucoup plus élevée que lors d’une prescription en cas de contractures musculaires involontaires, ce qui pourrait engendrer des effets secondaires plus ou moins graves (19).

Les données de sécurité sont encore insuffisantes sur l’utilisation du Baclofène à fortes doses. La prescription hors AMM est associée à un retard ou une absence de notifications des effets indésirables. Beaucoup d’études sont rassurantes. Cependant, certaines données incitent à la prudence.

Les essais cliniques rapportent des effets secondaires qui disparaissent lorsque les doses de Baclofène ne sont plus augmentées voire diminuées et des effets indésirables graves. Certains effets indésirables dépendent de la dose utilisée mais se pose aussi la question de l’interaction entre le Baclofène et les effets de l’alcool.

Dans les études à faibles doses de Baclofène, les effets indésirables sont peu nombreux. Ils comprennent somnolence, maux de tête, engourdissement.

Dans les études à hautes doses de baclofène, les évènements indésirables principaux sont la fatigue, les troubles du sommeil et les vertiges. (20) D’autres études rapportent une désinhibition comportementale avec des symptômes maniaques (21), des apnées du sommeil, (22) des accouphènes (23). Autres risques : symptôme de sevrage incluant les crises convulsives, mésusage ou addiction au Baclofène. (24) (25) Dans l’étude ALPADIR, les évènements indésirables graves les plus fréquents concernent l’hospitalisation pour le sevrage alcool, l’idéation suicidaire, la dépression et le surdosage. (14)

En ce qui concerne le risque de sédation, il ressort des études que c’est une grande quantité d’alcool associée à une faible dose de Baclofène qui présente le plus de risque d’induire cet effet indésirable. (26)

Une étude sur l’usage, la persistance et la sécurité du baclofène (menée en France entre le 1er janvier 2009 et le 31 décembre 2015) met en avant un risque accru d’hospitalisations et surtout de décès par auto-intoxication par rapport aux autres traitements, risques qui augmentent avec la dose de Baclofène. Le risque d’épilepsie, d’intoxication et de mort inexpliquée est augmentée. Ces risques s’accroissent avec la dose de Baclofène. (27)

Des intoxications graves ont été rapportées chez l’homme lors de prises de quantités importantes de Baclofène, ces intoxications pouvant être sévères pour des doses de 300 a 1000 mg (28) (29) et même fatales pour des doses de 1250 a` 2500 mg. (30) (31)

Bacloféne, les contre-indications

En ce qui concerne les contre-indications, le baclofène ne doit pas être recommandé dans les cas suivants (32) :

  • existence d’une autre maladie psychiatrique (schizophrénie, trouble bipolaire, dépression)
  • épilepsie ou antécédent de crises comitiales
  • addiction à d’autres substances que le tabac ou l’alcool
  • grossesse
  • prise d’autre(s) médicament(s) aidant au maintien de l’abstinence ou à la réduction de la consommation
  • conduite de véhicule ou utilisation d’autres machines au cours de l’instauration du traitement
  Alcool : le risque zéro n'existe pas

Baclofène : décisions de Swissmedic (Suisse) et AMM (France)

En Suisse, Swissmedic n’autorise toujours pas le Baclofène pour traiter l’alcoolo-dépendance. Novartis, qui fabrique le Baclofène, ne souhaite pas demander un élargissement de son utilisation à Swissmedic (source RTS).

Après des années de prescription de Baclofène sans autorisation démise sur le marché (AMM), puis une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) de trois ans, octroyée par l’ANSM en mars 2014, afin d’encadrer sa prescription et de permettre un suivi national de pharmacovigilance, l’ANSM a autorisé la mise sur le marché du Baclofène dans l’indication de la réduction de la consommation d’alcool des personnes alcoolo-dépendantes en octobre 2018, suite aux nouvelles données publiées (dont les études BACLOVILLE) . Il sera commercialisé sous le nom de BACLOCUR® (Laboratoire Ethypharm).  (33) Cette AMM est sous conditions : le BACLOCUR® ne doit pas être un traitement de première intention dans l’alcoolo-dépendance, les doses prescrites ne doivent pas dépasser 80 mn/jour. Cette AMM pourrait être révisée au vu de nouvelles études complémentaires souhaitées par l’ANSM. La question du prix du Baclocur et de son remboursement devrait être décidée lors de négociations devant le comité économique des produits de santé en 2019. La RTU élaborée par l’ANSM en 2014 pour encadrer l’utilisation du Baclofène hors AMM, est prolongée jusqu’à la commercialisation effective de la spécialité BACLOCUR®. 

Pour conclure

En somme, le baclofène dans le cadre de l’alcooo-dépendance soulève encore beaucoup de questions. Des données laissent évoquer un effet positif de cette molécule sur l’abstinence et le craving, mais des données restent encore à déterminer comme l’établissement des posologies efficaces, la durée de traitement, voire le profil des patients répondeurs.

Il reste donc des études à faire pour mieux évaluer son efficacité, la relation dose-effet, les effets à doses personnalisées, la part du Baclofène dans les effets secondaires, les profils de patients qui répondraient le mieux au Baclofène. En attendant, le Baclofène n’est pas recommandé en première intention et son utilisation doit s’accompagner d’une surveillance rapprochée.

(Auteurs : O. Dupraz | Révision : A.-S. Glover-Bondeau, E.Laszlo | janvier 2019)

Sources 

  • Bruce Imbert, Nicolas Simon, Pharmacologie du baclofène et utilisation chez le patient alcoolo-dépendant. Une mise au point à l’usage du clinicien, Pharmacien Hospitalier et Clinicien · February 2016, DOI: 10.1016/j.phclin.2015.09.008.
  • Mickael Naasila, François Paille, Baclofène et consommation d’alcool, que peut-on en dire en 2018 ? Rapport de la Société Française d’Alcoologie, Mars 2018.
  • Philippe Jaury, Stéphanie Sidorkiewicz, Jean-Roger le Gall, COMMUNICATION Le baclofène est-il efficace dans le traitement de l’alcoolisme ? L’étude Bacloville, Bull. Acad. Natle Méd., 2017,201,nos7-8-9, 1349-1359, séance du 10 octobre 2017.
  • Site de l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament http://ansm.sante.fr/

Références

  1. Ameisen, O. (2008). Le dernier verre. Paris: Denoël.
  2. Cruz HG, Ivanova T, Lunn M-L, Stoffel M, Slesinger PA, Lüscher C. Bi-directional effects of GABAB receptor agonists on the mesolimbic dopamine system. Nature Neuroscience2004;7:153–9.
  3. Addolorato G, Leggio L. Safety and efficacy of baclofen in the treatment of alcohol-dependent patients. Curr Pharm Des 2010;16:2113–7.
  4. Colombo G, Agabio R, Carai MA, Lobina C, Pani M, Reali R, et al. Ability of baclofen in reducing alcohol intake and withdrawal severity: I–preclinical evidence. Alcohol Clin Exp Res 2000;24:58–66.
  5. Addolorato G, Caputo F, Capristo E, Domenicali M, Bernardi M, Janiri L, Agabio R, Colombo G, Gessa GL, Gasbarrini G. Baclofen efficacy in reducing alcohol craving and intake: a preliminary double-blind randomized controlled study .Alcohol Alcohol. 2002 Sep-Oct;37(5):504-82.
  6. Addolorato G, Leggio L, Ferrulli A, Cardone S, Vonghia L, Mirijello A, Abenavoli L, D'Angelo C, Caputo F, Zambon A, Haber PS, Gasbarrini G. Effectiveness and safety of baclofen for maintenance of alcohol abstinence inalcohol-dependent patients with liver cirrhosis: randomised, double-blind controlled study.Lancet. 2007 Dec 8;370(9603):1915-22.
  7. Müller CA, Geisel O, Pelz P, Higl V, Krüger J, Stickel A, Beck A, Wernecke KD, Hellweg R, Heinz A. High-dose baclofen for the treatment of alcohol dependence(BACLAD study): a randomized, placebo-controlled trial.Eur Neuropsychopharmacol. 2015 Aug;25(8):1167-77.
  8. Addolorato G, Leggio L. Safety and efficacy of baclofen in the treatment of alcohol-dependent patients. Curr Pharm Des.2010;16(19):2113-7.
  9. Garbutt JC, Kampov-Polevoy AB, Gallop R, Kalka-Juhl L, Flannery BA. Efficacy and safety of baclofen for alcohol dependence: a randomized, double-blind, placebo-controlled trial. AlcoholClin Exp Res. 2010 Nov;34(11):1849-57.
  10. Morley KC, Baillie A, Leung S, Addolorato G, Leggio L, Haber PS. Baclofenfor the Treatment of Alcohol Dependence and Possible Role of Comorbid Anxiety. Alcohol Alcohol. 2014 Nov;49(6):654-60.
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  12. Krupitsky EM, Rybakova KV, Kiselev AS, Alexeeva YV, Berntsev VA, Chekhlaty EI, Zubova EY, Popov YV, Neznanov NG. Double blind placebo controlled randomized pilot clinical trial of baclofen (Baclosan®) for alcohol dependence. Zh Nevrol Psikhiatr Im S S Korsakova. 2015;115(6):53-62.
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  32. Site de l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament http://ansm.sante.fr/.
  33. Communiqué ANSM «  L’ANSM octroie une autorisation de mise sur le marché pour une utilisation du baclofène dans l’alcoolo-dépendance » -23/10/2018

 

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Les participants s’engagent à utiliser régulièrement l’application et à répondre à 3 brefs questionnaires de suivi, après 1 semaine, 1 mois et 6 mois. Pour participer, téléchargez l’appli Stop-tabac et suivez les instructions :

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Professeur Jean-Francois ETTER